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Saint-Malo, l’appel du large !

Véritable frontière entre le monde minéral et les masses océaniques, Saint-Malo est un rêve de pierre mais pas seulement. Vue de la mer, à l’approche des célèbres remparts, le marin perçoit la ville dans ses traits majeurs et tente d’en percer les multiples mystères.

Les brise-lames de la cité corsaire

Un curieux alignement de troncs de chêne, planté dans le sable de la plage du Sillon l’intrigue d’emblée. Érodés par la colère des vents et l’assaut répété des marées, ces brise-lames protègent la cité corsaire depuis le XVIIe siècle. Disposés en quinconce et atteignant 7 mètres de hauteur, ces étranges totems participent à la silhouette côtière malouine. Fièrement dressés face à la mer, sur près de 3 kilomètres, de la cale de l’Éventail, à la digue de Rochebonne, on en recense actuellement près de trois mille. Leur utilité n’est plus à démontrer.

Telles des sentinelles, elles plaident en faveur du riche passé des Malouins, tout en protégeant leurs descendants. À marée basse, quand on déambule parmi ces brise-lames, on peut observer à loisir leurs nœuds, leurs crevasses, le bois corrodé parfois vieux d’un demi-siècle façonné par les éléments. Certains y voient des sculptures contemporaines ou des créatures imaginaires scrutant l’horizon. Créateurs et artistes ne se lassent pas de s’en inspirer.

Le spectacle des grandes marées

À marée haute, le spectacle depuis la digue, sorte de balcon ouvert sur le large, est tout aussi fascinant. Car à Saint-Malo, là où l’Atlantique rencontre la Manche, le phénomène des marées prend une ampleur particulière (le marnage peut atteindre 12m !) notamment aux équinoxes de printemps et d’automne. Lorsque la mer remonte, de puissantes vagues viennent battre les remparts dans une chorégraphie aussi majestueuse qu’intimidante.

Uniques en leur genre, les brise-lames constituent, à eux seuls, une bonne raison de séjourner à Saint-Malo. Mais ce serait dommage de ne pas faire le tour des remparts (1,8 km), « le tour des murs » comme disent les Malouins. Il est même conseillé de le faire plusieurs fois, afin d’admirer le tableau changeant de la baie suivant les heures et les marées. Tandis qu’en regardant vers l’intérieur, on peut apprécier l’architecture austère des hôtels particuliers en granit. Un bon moyen de faire connaissance avec la cité fortifiée, berceau de Chateaubriand et de célèbres marins, explorateurs ou corsaires. Comme Jacques Cartier qui découvrit le Canada ; Duguay-Trouin qui s’empara de Rio de Janeiro, Mahé de la Bourdonnais, gouverneur des Mascareignes, et l’intrépide Robert Surcouf. Places et rues portent leur nom. L’hiver quand les rafales de vent iodées s’engouffrent dans les ruelles ceintes de hauts murs, Saint-Malo retrouve sa rugosité, et son atmosphère de cité corsaire.

« Ni Français, ni Breton, Malouin suis »

Edifié entre le XVIe et le XVIIIe siècle par les Ducs de Bretagne, le château mérite aussi une halte, car il abrite le musée d’Histoire de la ville et du pays malouin. La légende dit que la duchesse Anne aurait « voulu faire du château un carrosse à son goût. Les quatre roues figurées par les quatre tours. Le grand donjon la caisse et la galère le timon.»* Objets de marine, maquettes de bateaux et tableaux y évoquent le commerce maritime, les figures malouines et la grande pêche des Terre-Neuvas. On y apprend que depuis le moyen-âge, Saint-Malo s’est lancé dans une lutte acharnée pour préserver son identité. Invasions anglaises, jougs du duché de Bretagne et du royaume de France, n’ont pas fait plier les irréductibles Malouins, dont la devise encore aujourd’hui  est « ni Français, ni Breton, Malouin suis ».

Il y a peu d’endroits au monde, où l’on ressent sur une surface aussi réduite, la force et la richesse d’une culture et son combat pour perdurer. Non loin, à Saint-Servan, l’impressionnante tour Solidor, accueille le musée du Long-Cours cap-hornier, et marque la limite invisible entre deux mondes, celui de la mer et celui du fleuve La Rance. Antichambre d’une côte agitée, ce territoire silencieux passe du bleu-gris au vert jade jusqu’à Dinan, et constitue depuis toujours un abri naturel pour les hommes et leurs embarcations.

Tout ici atteste cette vocation de refuge : du campement paléolithique (près de Saint-Suliac) au camp viking assez vaste pour accueillir dix-huit drakkars (au pied du mont Garrot), en passant par les opulentes maisons d’armateurs et de navigateurs malouins, qui fortune faite, se firent construire des petits châteaux néo-classiques (fin XVIIe s.) : les Malouinières. On en compte une soixantaine dans cet arrière pays émaillé de ports champêtres, pontons délavés, cales assoupies, bourgs nichés au creux de criques minuscules.

Plus à l’est, Le Mont Saint-Michel, émergeant d’une baie de sable, offre un autre visage de la Bretagne. Hymne millénaire à la spiritualité, on le nomme la « Merveille de l’Occident ». La beauté, l’équilibre, et la folie de cette prouesse architecturale médiévale (de 157 m de hauteur), érigée par quelques moines désireux de vaincre l’apesanteur, sont saisissants. Et la couleur du ciel, la course des nuages et le gris de la mer étayent encore plus la théâtralité de ce bijou !  

*Saint-Malo, histoire générale de François Tuloup, éd. Klincksieck

Destination Saint-Malo Baie du Mont Saint-Michel
Saint Nazaire Renversante
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